Finistère Nord – Randonnée hivernale sur le GR®34

Cet hiver, je suis parti faire une randonnée de 6 jours sur le GR®34, aussi appelé sentier des douaniers. J'ai marché le long de la côte du Finistère Nord, de Lilia à Roscoff en passant par l'île de Batz. Dans cet article de blog, je vous donne mon itinéraire et partage avec vous cette belle expérience!
Sommaire
- Arrivée sous la lumière d'hiver
- Jour 1 : Arc en ciel et grandes marées de Lilia à Guisseny
- Jour 2 : Côte des légendes, étape d'anthologie
- Jour 3 : Entre baies et dunes jusqu’à Plouescat
- Jour 4 : Rochers emblématiques et plages paradisiaques
- Jour 5 : Roscoff en ligne de mire
- Jour 6 : L’Île de Batz, ultime souffle de l’évasion
- L'heure du départ
Arrivée sous la lumière d’hiver
Ma randonnée commence à Lilia (Plouguerneau) et c’est sous un ciel étoilé que je pose mes valises au premier gîte d’étape.
Loin de toute pollution lumineuse, je ressens déjà cette impression d’être coupé du monde. Avec le bruit des rouleaux comme fond sonore je décide de m’engager en direction du bord de mer pour admirer la lumière du phare avant d’aller me coucher.

Je ne suis pas déçu du voyage. La paysage est fantastique. Encore un peu sonné par ce que je viens de voir, je retourne au gîte d’étape Norzh dans le petit bourg. Il faut que je sois en forme demain et je me réjouis de dormir dans ce joli lieu à l’ambiance de cabine de bateau. Il me tarde de faire mes premier pas sur ce si beau chemin.



Jour 1 : Arc en ciel et grandes marées de Lilia à Guisseny
À l’aube, je pars encore une fois admirer les premières lueurs du jour sur le phare de l’Île Vierge, baigné d’une lumière changeante entre averses et arc-en-ciel. Ce sont les premières heures que je passe dans le Finistère Nord et je vis déjà un moment incroyable .



Des rencontres et des traditions
De retour au gîte , Audrey me raconte un peu de sa vie ici à Lilia et m’explique les jolis projets liés à son gîte et espace de co-working en pleine nature.
Avant de lacer mes chaussures, elle me montre une superbe carte marine du coin (réalisée sur mesure). Celle de l’IGN est aussi présente bien sûr, mais c’est une autre carte un peu particulière qui attire mon attention : la carte des cailloux de Plouguerneau. Celle-ci représente l’ensemble des rochers et leurs noms. Parfois insolites, hérités de la tradition orale locale – ces noms ont des significations diverses et variées : l’un de ces « cailloux » porte même le nom son arrière-grand-père (car c’est ici qu’il accrochait son bateau)!

Elle me parle également de la langue bretonne et de l’école en breton à laquelle ses enfants sont inscrits.
Avant de partir, Audrey me décrit une dernière tradition: la pêche à pied, et notamment à l’Ormeau. Coquillage rare et délicat, l’ormeau est prisé pour sa chair fine et iodée, ce trésor des côtes bretonnes est considéré comme un emblème de la gastronomie marine locale.
Après ces échanges je me sens fin prêt à démarrer cette aventure. Et, en effet, dès les premiers pas, les paysages me permettent d’appréhender l’importance de cette discipline pendant les grandes marées. De nombreux locaux se mettent ça et là en combinaison à la recherche du précieux coquillage.


Penn Enez et mon premier corps de garde
Je passe la grève blanche et son sable fin et je m’accorde une première pause sur la presqu’île Penn Enez avec son petit port de Korejou. Ça y est, je suis dans l’ambiance avec les rochers, les fours à goémon et le premier corps de garde rénové.
Construits sous l’ancien Régime, les corps de garde sont des abris sommaires construits pour héberger les garde-côtes chargés de surveiller les côtes des contrebandiers.




Mes pas m’amènent le long de longues plages de sable blanc. L’une d’entre elles me fait de l’œil (il faut dire que la faim commence à se faire sentir) et je décide de m’installer ici pour un casse croute.

Après cette pause déjeuner les pieds dans le sable, une marche douce le long de la plage du Vougo me mène jusqu’à la pointe de Beg ar Skeiz. Au programme : herbe verte et une vue panoramique . Encore une dernière petite anse à passer et nous y serons.
Arrivée à Guissény
Au loin, j’ aperçois à nouveau un ancien corps de garde (le second de mon itinéraire), il y en aura de nombreux autres… Je distingue aussi une immense antenne de télécommunications, à priori utilisée pour les sous-marins.

Je passe la nuit à Guissény, dans une ancienne station-service reconvertie en gîte d’étape et en restaurant (lieu idéal pour une nuitée sur le GR®34). Le restaurant est fermé, alors c’est juste en face que j’irai dîner, au restaurant du Puits. Un charmant restaurant dont la carte contient des mets qui me sont familiers. En effet celui-ci est tenu par un chef qui a été formé en Alsace (sympathique coïncidence).


Jour 2 : Côte des légendes, étape d’anthologie
Le sol est légèrement gelé ce matin, il paraît que cela n’arrive que très rarement par ici. Après mon petit-déjeuner composé d’un généreux Far de la boulangerie du village, je file rejoindre le GR® .
Contournant la baie de Quillimadec, j’atteins Neiz Vran, une pointe offrant une vue panoramique à 360°. Je revois le phare de l’Île Vierge, point de départ de mon périple sur ces « terres océanes ».



En contrebas, les pêcheurs à pied sont déjà à l’œuvre, nous sommes dimanche matin et les habitants du coin semblent bien décidés à profiter encore une fois de cette marée (très) basse.

Le sentier surplombe de longues plages. Le ciel s’est couvert, mais il ne pleut pas, et je savoure un nouveau déjeuner tiré du sac, assis sur un banc face à l’océan.
Quelques pas plus loin je découvre un rocher étonnant le long de la plage de Roc’h ar Gong. Il présente un gris trou à travers lequel on peut passer comme dans un « passage secret ». On l’appelle le rocher de la tortue.
Côte des légendes, quand tu nous tiens…
Il devient évident que nous sommes ici sur la “Côte des légendes”. Les rochers, l’ambiance nous plongent dans un imaginaire aux accents celtes.
On raconte qu’ici un peuple, ayant compris que les cargaisons des bateaux faisant naufrage pouvaient être librement ramassées, “aidaient” les navires à rencontrer les rochers: on leur a donné le « joli » nom de “naufrageurs” !





Après une courte sieste dans l’herbe incroyablement verte, je tombe nez à nez avec le célèbre site de Meneham (Menez ham), un ancien hameau de pêcheurs et de douaniers niché entre les rochers, aujourd’hui reconverti en écomusée vivant et lieu de découverte du patrimoine naturel et culturel du Pays de Brest.
De Meneham au phare de Pontusval
Son corps de garde, construit au XVIIIe siècle entre deux blocs de granit, servait autrefois de poste de surveillance pour prévenir les incursions ennemies depuis la côte. Elle est aujourd’hui l’une des maisons les plus célèbres de bretagne.



Quelques pas encore et me voilà au phare de Pontusval, qui veille sur cette côte découpée. Lui aussi est très photogénique. Il paraît d’ailleurs que c’est le phare le plus photographié d’Europe alors je décide moi aussi de rajouter quelques prises de vue à ce « palmarès ».

Je termine la journée face aux rouleaux, bercé par la puissance de l’Atlantique. Moment de contemplation face à l’immensité et la force des vagues amenées ici par la grande marée.


Ce soir j’ai la chance de dormir dans une véritable institution : l’Hôtel de la Mer à Brignogan-Plages. Un superbe établissement lové entre océan et rochers de la côte.
Cette ancienne colonie de vacances a été entièrement rénovée et transformée en un hôtel inoubliable : décoration soignée, vue sur mer, accueil chaleureux. Je passe une nuit divine, bercé par le bruit des vagues.



Jour 3 : Entre baies et dunes jusqu’à Plouescat
L’étape du jour est plus longue et m’amène dès le matin à passer le village de Brignogan. La marée basse me permet de couper par la plage par moments (c’est aussi ça, le charme du GR®34). J’arrive à Plounéour et continue à longer la plage pour m’enfoncer dans la Baie de Goulven.


Changement d’ambiance dans la baie de Goulven
Contourner la baie de Goulven va me demander de la patience et de l’énergie : entre les passages sur la route (que mes pieds n’aiment pas trop) et les longs chemins sableux en ligne droite, la marche est parfois monotone. La diversité des paysages compense l’effort.


La baie est très large et son aspect plat et ouvert résulte de sa formation géologique : c’est une ancienne vallée fluviale envahie par la mer, comblée au fil du temps par des dépôts sédimentaires. Son relief, composé de vasières, d’herbus et de dunes, résulte de l’action conjointe des marées, du vent et des apports des rivières, créant un écosystème particulier entre terre et mer. Une parenthèse champêtre dans un itinéraire plutôt maritime.

A travers les dunes
A l’approche des dunes de Keremma, le décor change et reprend vie : de nombreux oiseaux séjournent ici .
Les dunes offrent un décor presque lunaire, sauvage et préservé dans lequel les habitants du coin aiment se promener. Je ne suis pas seul ici, loin de là, et les parkings qu’on retrouve régulièrement le long des dunes sont bien remplis.



L’arrivée dans la baie de Kernic, immense et vidée par la marée, marque la fin de cette belle journée de marche.
Mon hébergement se trouve à deux kilomètres du sentier. Pas très long mais, en fin d’étape, je le sens bien dans les jambes (surtout que ça monte un peu). Mais le jeu en vaut la chandelle, j’arrive dans le petit lieu dit de Pen ar Prat au dessus de Plouescat.
Je vais passer la nuit dans l’une des très accueillantes chambres d’hôte d’Isabelle et Rémy. En plus du délicieux repas pris en commun dans le patio, on partage des récits de voyages et autres anecdotes de randonnées. Photographes et randonneurs : nous sommes faits pour nous entendre ! 🙂



Jour 4 : Rochers emblématiques et plages paradisiaques
Après un revigorant petit déjeuner au coin du feu dans le patio, je reprend mon chemin là ou je l’ai laissé hier.



La baie de Kernic dévoile ses couleurs matinales alors que je débute ma marche. Je foule les grandes étendues de sable propices au char à voiles et tombe nez à nez avec l’Allée couverte de Guinirvit (un tombeau mégalithique du Néolithique, partiellement immergé à marée haute).
Après Porsmeur et son incroyable vue panoramique, je gagne Porsguen en passant par son petit port et longe la côte jusqu’au fameux hippocampe de Plouescat.


Ambiance celtique
A partir de là, la côte s’ensauvage et nous voilà à nouveau dans les rochers jusqu’à Cam Louis et son menhir mystérieux. Sur la route je tombe nez à nez avec une jolie cabane à poudre. Comment ne pas tomber amoureux de celle-ci.

Je découvre une première zone de rochers remarquables avec l’emblématique Rocher des Korrigans, dont les cavités recueillent l’eau de pluie et dans lesquelles ces genres de lutins venaient se désaltérer .



Les paysages deviennent de plus en plus balnéaires: la plage des Amiets, avec ses teintes incroyables, m’émerveille. Perchée sur une hauteur, la maison du garde semble surveiller ce précieux écrin de nature.





Des rochers de granit
Au fil de mes pas, d’étranges sculptures de granit commencent à ponctuer le sentier, le sable se transforme en rochers et la côte se fait plus accidentée.
J’approche de Sibiril et j’aperçois au loin la silhouette du célèbre Rocher du Singe, façonné par le vent et les embruns.


Après une escapade en voiture (cela faisait longtemps) pour me régaler à la crêperie Ty Breizh (je ne pouvais pas quitter la Bretagne sans avoir mangé des galettes), je passe la nuit dans un pavillon de bord de mer, dans la chambre d’hôtes Ty Orkide, à deux pas du phare de Moguériec qu’il me tarde de photographier demain matin.



Jour 5 : Roscoff en ligne de mire
Direction le Phare de Moguériec pour le lever du soleil ! Ce phare emblématique, conçu par Gustave Eiffel en 1876 et initialement installé à Honfleur, a été sauvé de la démolition grâce à une mobilisation citoyenne et restauré en 2023, retrouvant ainsi sa place emblématique sur la jetée du port de Sibiril.



Ensuite, c’est parti pour l’itinéraire du jour, qui démarre par une marche paisible contournant Sibiril et l’anse du Guillec et qui s’enfonce profondément dans les terres.
Encore une fois, éviter ce bras de mer qui rentre dans le continent s’avère plus fastidieux que prévu, même si le charme de ce joli matin permet de mieux supporter cette longue virgule qui vient tant rallonger mon chemin.
Le passage des anses et des baies est réellement à prendre en considération lors d’une itinérance sur le GR®34.



Après cette traversée du marais et avoir emprunté la passerelle , le chemin traverse la forêt domaniale de Santec, avec ses beaux arbres, son parcours sportif et ses bancs. Santec, où par la suite s’étendront d’immenses plages de sable fin. Au loin je commence à apercevoir l’Île de Batz sur laquelle je randonnerai demain.





Presqu’îles et sable fin
Le sentier longe la plage du Pouldu, remarquable par la blancheur de son sable fin, qui s’envole au moindre souffle de vent.
Mon passage sur le GR®34 touche bientôt à sa fin, mais avant cela, un dernier détour par la presqu’île de Perharidy, marquée par les stigmates d’une récente tempête.
Puis, je longe l’aber avant d’atteindre Roscoff, superbe ville portuaire à l’histoire riche. J’arrive à marée basse, découvrant les bateaux reposant sur le sable, témoins du rythme imposé par l’océan.



Le détour par la presqu’Île ne m’a pas mis en avance et j’arrive à l’hôtel en fin d’après-midi. C’est ici que s’achève mon cheminement sur le GR®34 mais l’aventure n’est pas finie : demain à la première heure j’embarque sur l’une des navettes pour l’Île de Batz pour découvrir son sentier côtier !
En attendant, ce soir j’ai à nouveau la chance de dormir dans une institution à Roscoff: l’Hôtel chez Janie. La chambre est vraiment magnifique avec une vue incroyable sur le port. Je pense que je vais poser mon trépied directement dans la chambre ce soir pour photographier le Vieux port de Roscoff !




Balade nocturne dans Roscoff
Après un excellent dîner, je profite de la belle soirée qui se profile pour faire quelques pas dans la ville. Quel charme Roscoff de nuit !




Jour 6 : L’Île de Batz, ultime souffle de l’évasion
Impossible de quitter la région sans explorer l’Île de Batz, il paraît que cette ancienne presqu’île au large de Roscoff est un véritable joyau.




Le réveil sonne tôt ce matin pour prendre le petit-déjeuner et sauter dans le bateau. Des navette régulières desservent l’Île de Batz et, comme c’est marée haute, il est possible d’embarquer dès le port sans utiliser l’estacade.
Après une courte traversée (15 min) me voilà parti pour une dernière randonnée de 13 km autour de cette île à l’ambiance et au climat particulier.


A l’office de tourisme, directement posté près de l’embarcadère, on me conseille de commencer le sentier par le l’ouest de l’Île. A marée haute, la côte y est plus impressionnante. Ce conseil s’est avéré précieux car, en effet, l’océan y dévoile toute sa majesté en ce frais matin d’hiver.







Le sentier côtier offre des paysages variés : criques aux eaux limpides, champs cultivés et petites plages désertes. Je fais halte au phare de l’Île de Batz, où je grimpe les 198 marches pour profiter d’un panorama exceptionnel sur l’Île, Roscoff au loin, l’Océan Atlantique.






L’après-midi se poursuit au rythme des flots, avec des pauses contemplatives face aux éléments.
À la tombée du jour, je rejoins mon hébergement : un chalet en bord de mer, où seul le bruit des vagues vient troubler le silence. J’ai bouclé tranquillement la boucle et je suis prêt pour une dernière nuit bercée par l’Atlantique avant le retour à la réalité.


L’heure du départ
Le jour se lève sur mes derniers instants en Finistère ici sur l’Île de Batz. Je savoure une dernière bouffée d’air frais sur l’Île et me dirige vers le port.

Après avoir emprunté à nouveau la navette, me revoilà à Roscoff pour découvrir rapidement cette ville de jour en compagnie de Bernard, guide à l’Office de tourisme de Roscoff. Je découvre l’Histoire de cette ville au passé riche et mouvementé ainsi que le succès de ses fameux oignons.




C’est déjà l’heure du départ et c’est le cœur serré que je quitte cette belle cité.
Ces six jours de randonnée m’ont offert bien plus que des paysages magnifiques. Ils m’ont plongé dans un territoire vivant, où l’océan et la terre façonne les traditions, où chaque rocher a une histoire, et où les habitants perpétuent des traditions et des savoir-faire.
infos pratiques
Niveau de difficulté
Le niveau est plutôt facile (peu de dénivelé) mais certaines passages sont assez rocailleux.
Prévoyez donc de bonnes chaussures avec une bonne étanchéité et une autre paire plus légères pour laisser sécher la première ou en changer lors de votre arrivée à l’hébergement.
Balisage
Le GR®34 est plutôt bien balisé, mais une carte IGN ou une application de randonnée comme Visorando (on vous offre -20% sur l’abonnement premium avec le code HP-JKBRB) reste un bon allié, surtout pour les contournements des abers ou si comme moi vous décidez de remonter le chemin.
Ravitaillement
En dehors de l’été, certains services peuvent être fermés : bien prévoir ses repas pour chaque étape ou vérifier les horaires des restaurants et épiceries.
Hébergement
Même principe, les hébergements ne sont pas si nombreux que ça le long du parcours, pensez à bien réserver chacune de vos étapes
Météo
De mon côté, j’ai eu beaucoup de chance et il a fait beau tout le long de mon parcours, cependant il faut vous préparer à toutes les éventualités : prévoyez des vêtements de pluie mais aussi casquette et crème solaire (qui m’a cruellement manqué certains jours, oui même en hiver)
Liens utiles
Voici quelques liens utiles pour préparer votre randonnée:
Ce voyage a été réalisé dans le cadre d’un voyage de presse organisé avec Tout commence en Finistère. J’ai conservé toute ma liberté d’écriture. Cet article contient des liens d’affiliation.
