Méthode Alexander en équitation – Mes 12 apprentissages

par | Mis à jour le 11/05/2021 | Equitation | 0 commentaires

La méthode Alexander: j’en avais entendu parler depuis longtemps et m’étais dit que cela avait l’air intéressant et qu’il faudrait que je me renseigne davantage un jour. Je me souvenais aussi que des cavaliers tels que Michel Robert utilisait cette méthode. A part le fait qu’il s’agissait d’une méthode faisant travailler le cavalier avant tout, autant dire que j’avais pas grande idée de ce en quoi elle consistait! C’est en discutant avec une copine, à qui je disais que j’avais un mois de libre devant moi et que j’aimerais bien faire un stage dans une écurie, que j’en ai entendu davantage parler: cette copine avait vu une annonce de stage chez Véronique Bartin, la personne ayant adapté la méthode Alexander à la pratique de l’équitation. Me voilà donc me renseignant sur la méthode et trouvant des éléments me parlant énormément: travailler sur le bon usage corporel et mental du cavalier pour avoir une équitation plus juste, permettant une meilleure locomotion et un meilleur équilibre mental des chevaux, voilà une ambition vraiment intéressante qui m’a tout de suite plu.

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Jeanne menant des chevaux à La Bidauderie à Vierzon, chez Véronique Bartin

Travailler la technique équestre, c’est bien, mais je suis de plus en plus convaincue au fil des années que l’on fait trop le focus sur le travail du cheval et non du cavalier. On passe de nombreuses heures à tenter de régler des soucis que l’on rencontre en considérant que ceux-ci viennent du cheval, éventuellement d’un manque de technique, mais sans penser une seconde que cela vient peut-être de notre position à cheval ou même de notre mental… De même, on est capable de faire venir l’ostéopathe 3 fois dans l’année pour le cheval sans y aller soi-même une seule fois (mais comment avoir un cheval droit si on est tordu sur son dos?). On demande également aux chevaux d’être des athlètes mais on ne se préoccupe pas d’être soi-même en bonne condition physique pour monter correctement. Un peu fou quand on y pense, non? C’est au fur et à mesure de mes diverses expériences de cavalière en recherche d’une équitation plus harmonieuse que le fait de m’intéresser à ce travail sur le cavalier m’a paru être une évidence. Et l’équitation Alexander m’a semblé être une pierre passionnante à apporter à cette édifice! Spoiler: j’avais raison! 😉

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Avec Véronique et mon cheval Magdan

J’ai eu la chance d’être prise en stage chez Véronique Bartin durant 5 semaines, ce qui m’a permis de découvrir cette méthode. Evidemment, ce n’est pas en 5 semaines que l’on devient expert, mais j’ai tout de même appris énormément et ai pensé qu’il serait intéressant de partager avec d’autres cavaliers certains de mes apprentissages. Je ne prétends bien sûr pas ici vous définir les principes de la méthode Alexander en équitation (pour cela, je vous invite à écouter les podcasts Equitation Alexander, à regarder les vidéos et à acheter les livres Equitation Alexander et Le cavalier idéal…Et à aller en stage à La Bidauderie) mais partage simplement avec vous les principaux éléments que je retiens de mon expérience.

La Méthode Alexander, une méthode pour tous les cavaliers

Tout d’abord, il faut noter que la méthode Alexander s’adresse à la base à des artistes: comédiens, chanteurs, musiciens… C’est Véronique, devenue professeure de technique Alexander après une formation de 4 ans à Londres, qui a eu l’idée d‘adapter cette méthode à l’équitation, considérant que « comme les musiciens, les chanteurs ou les danseurs, le corps du cavalier est son instrument pour communiquer avec son cheval. Si le fonctionnement corporel n’est pas bon, le lien avec le cheval ne sera jamais subtil et juste. Plus sur la durée, un mauvais fonctionnement corporel ou mental, détériorera le corps et l’esprit du cavalier. »

Un des aspects que j’ai adorés dans cette méthode est le fait qu’elle s’adresse à tous les cavaliers: que vous soyez cavalier de loisir, de dressage, d’obstacle, débutant, amateur ou professionnel, elle pourra vous apporter beaucoup. J’ai pu d’ailleurs le constater pendant les stages, qui rassemblent des cavaliers de tous niveaux et de toutes pratiques équestres. J’ai même eu la chance d’assister à des séances de travail de Pierre Beaupère avec Véronique dans le cadre du projet Evolution. Dans tous les cas, l’accent est mis sur le fonctionnement du corps du cavalier, qui est évidemment toujours améliorable. La base du travail reste la même, avec bien sûr ensuite des axes de travail différents en fonction du niveau et des difficultés rencontrées.

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Véronique Bartin et Pierre Beaupère en séance de travail dans le cadre du projet Evolution

Quand je parle de fonctionnement du corps du cavalier, l’un des éléments fondamentaux que je retiens est le fait que l’on cherche à travailler sur sa position, certes, mais une position dans le mouvement. Il ne s’agit pas d’apprendre à être dans une certains position et ne plus en bouger. L’équitation est synonyme de mouvement: la position n’est donc pas figée, bien au contraire! L’idée est d’arriver à un meilleur équilibre, une meilleure stabilité, ce qui passe par l’alliance de la tonicité et de la souplesse, pas par de la raideur. Cela semble peut être évident dit comme ça, mais c’est une recherche qui est loin d’être simple…

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Chevaux au pré à La Bidauderie

Les exercices proposés par la méthode Alexander sont accessibles à tous: ils sont simples à comprendre (ce qui ne veut pas dire simples à réaliser!), qu’ils soient à pied ou à cheval. On revient à des exercices qui peuvent sembler basiques au premier abord (par exemple, se lever droit sur ses étriers puis redescendre dans sa selle) mais qui ne sont pas si faciles à bien faire, et très efficaces pour apprendre à sentir son fonctionnement et progressivement arriver à une position plus juste.

Apprendre comment faire les choses plutôt qu’à juste faire les choses

On peut avoir l’impression de régulièrement travailler sur sa position: notre enseignant ne nous a t-il pas dit de “baisser les talons” ou de nous “tenir droit”, par exemple, à la dernière séance? Oui, sauf que ces injonctions ne sont pas toujours efficaces. Si vous avez un défaut de posture que vous n’arrivez pas à corriger malgré des rappels à l’ordre réguliers de votre enseignant, vous verrez sans doute ce que je veux dire… Vous avez beau essayer de vous tenir droit ou baisser les talons, vous n’y arrivez pas! C’est là que la méthode Alexander se distingue: on apprend comment faire les choses, pas simplement à faire les choses. C’est un état d’esprit général, qui incite les cavaliers à penser autrement et à s’utiliser autrement.

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A cheval en longe sur Diego, l’un des chevaux d’école

Si je reprend mon exemple des talons, le souci classique quand on demande à un cavalier de baisser les talons est qu’il les baisse souvent… En partant avec la jambe en avant. Du coup, on lui dit de reculer la jambe. Bien souvent il va le faire.. En avançant son buste. C’est un peu sans fin… Plutôt que de dire au cavalier de descendre ses talons, la méthode Alexander va chercher à comprendre pourquoi le cavalier a les talons trop haut (cela peut venir d’un manque de souplesse de sa cheville par exemple?) et va ensuite donner au cavalier des exercices (à pied ou à cheval) conduisant le cavalier à prendre conscience de son corps et à adopter la position juste. J’ai pu le constater, cette manière de faire est nettement plus efficace! J’ai évolué en quelques jours sur certains défauts que j’ai depuis au moins 15 ans…

La méthode permet de prendre conscience de son schéma corporel afin de mieux utiliser son corps (ce qui permettra également au cheval de mieux fonctionner), et par là même aide le cavalier à mettre le doigt sur certaines habitudes corporelles (et mentales) qui ont un effet négatif sur lui-même et sa monture.

Travailler sur soi à pied

Je crois que l’on est quasiment tous les mêmes: quand on est cavalier, on a l’impression de ne travailler et progresser qu’à partir du moment où l’on monte sur le dos de son cheval (ou à la limite qu’on le travaille lui à pied!). Sauf que voilà, il faut se rendre à l’évidence, ce n’est pas rendre service au cheval que de raisonner ainsi… Une fois à cheval, on a énormément de choses à gérer: prendre le temps de travailler certaines choses à pied au préalable permet de prendre conscience de son corps et d’apprendre certains mouvements dans des conditions nettement plus faciles: il suffira alors de les transposer à cheval, la moitié du travail sera déjà faite!

Les stages de méthode Alexander incluent toujours des temps de travail en salle, notamment à l’aide de ballons. J’avoue avoir été bluffée par l’efficacité de ces exercices. Encore une fois, ce sont des exercices simples: vous n’avez pas besoin d’être un grand sportif pour les faire, mais ils changent tout… Le fait de s’étirer, bouger, prendre conscience du fonctionnement de son corps à pied, sentir les mouvements au sol avant de les faire à cheval… Voilà qui est diablement efficace!

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Séance en salle lors d’un stage d’équitation Alexander

Dans la même veine sont aussi proposés des séances en longe, après le travail à pied: on est à cheval, mais là encore on a moins de choses à gérer que lorsqu’on est à cheval en évoluant librement, et l’on peut donc mieux se concentrer sur nous-même. Même logique d’ailleurs ensuite lors des séances avec les chevaux d’école: si vous venez 3 jours en stage, je vous conseille de venir sans votre propre cheval: les chevaux d’école de Véronique sont parfaits pour se concentrer sur le travail sur soi.

Connaître les 3 fondamentaux

Véronique a défini trois fondamentaux en équitation Alexander, qui sont les bases à avoir en priorité. Une fois ces trois fondamentaux acquis, on a déjà effacé de nombreux gestes parasites et on peut travailler sur le reste… Par exemple, cela ne sert à rien d’essayer d’avancer/reculer la jambe d’un cavalier s’il n’est déjà pas à sa place sur son triangle d’or. Voici ces trois fondamentaux:

  • le triangle d’or: être posé sur son triangle d’or, formé par les deux ischions et le périnée, est la base d’une bonne assiette à cheval. Si l’on est assis en avant ou en arrière de ses ischions ou que l’on appuie plus d’un côté que de l’autre, cela va forcément engendrer d’autres déséquilibres.
  • le fil d’aplomb: il s’agit de l’alignement tête-hanches-pieds. Là encore, c’est un indispensable pour être vraiment en équilibre sur son cheval!
  • le fil d’argent: il s’agit d’avoir la tête posée en équilibre sur la colonne, alignée et fonctionnant librement

De mon côté, j’ai travaillé beaucoup sur le fil d’aplomb lors de mon stage et je trouve utile d’avoir les fondamentaux en tête pour vérifier, lorsque je suis à cheval, qu’ils sont à leur place et corriger si besoin.

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A cheval sur Ultimate, à un moment où ma position est plutôt pas mal!

Ne pas tomber dans le piège du “droit au but”

Voilà encore un point quasi universel chez les cavaliers. Lorsqu’on nous demande de faire quelque chose (exemple: “repasse au pas”), on a très souvent tendance à faire beaucoup trop vite en voulant être bon élève. On est souvent dans le “droit au but” alors qu’il ne faut pas simplement penser à atteindre ce but mais prendre le temps d’y arriver en se préparant. Une fois notre but déterminé (repasser au pas, par exemple), il faut s’organiser pour décider de la manière dont on va l’atteindre (se redresser, fermer les doigts, ralentir son assiette…) plutôt que de simplement penser à l’atteindre. Il faut être dans l’organisation plutôt que la réaction…Et peu importe le temps que cela prend au départ, il vaut mieux avoir mis une moitié de carrière pour réaliser correctement une action plutôt que de la faire vite dans la précipitation. Avec le temps, on apprendra bien sûr à s’organiser plus vite, mais il ne faut pas brûler les étapes!

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Jeanne et Macao à La Bidauderie

Savoir dire stop

Ce point est lié au précédent: savoir dire stop est l’un des grands enseignements de la méthode Alexander. Dans nos vies (pas seulement à cheval), on agit souvent trop dans l’impulsion dans un schéma que l’on reproduit. Si je vous dis de vous lever, il y a de grandes chances que vous vous leviez de votre chaise sans réfléchir, comme vous avez l’habitude de le faire en général et bien souvent en ne vous utilisant pas correctement. Se dire stop avant d’agir, c’est prendre le temps de bien s’organiser pour réaliser un geste et même choisir de ne pas le réaliser tant que l’on ne se sent pas prêt à le faire correctement.

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La Bidauderie, un vrai havre de paix

Se fixer des priorités

Se fixer des priorités est essentiel pour progresser. Cela implique de fixer des objectifs, mais aussi de hiérarchiser ces objectifs…Dans mon cas, cela m’a beaucoup aidée d’en prendre conscience afin de ne pas être frustrée que tout ne soit pas parfait au même moment. Si par exemple mon cheval a des difficultés dans ses virages à droite, je peux me dire que la première priorité est qu’il s’équilibre dans son virage, quitte à ce que le pli ne soit pas parfaitement vers la droite… Une fois ceci atteint, on passera au second objectif, équilibré et avec le pli. Sans cette division en sous-objectifs, j’ai pour ma part tendance à avoir l’impression que tout est mauvais tant que tout n’est pas parfait. Etre exigeant, oui, mais en se fixant des priorités!

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La Bidauderie à Vierzon

Qu’est ce que je peux faire pour aider mon cheval? 

Voilà une question que je me pose désormais lorsque je travaille mon cheval. J’ai conscience depuis longtemps maintenant que l’essentiel du travail est à faire sur moi, mais je crois que se poser la question de cette manière est encore une autre étape. Bien souvent, il suffit de modifier quelque chose chez le cavalier pour que cela change tout chez le cheval… Du coup, lorsque je rencontre une difficulté, je me demande désormais ce que je peux faire pour aider mon cheval et quels sont ses besoins pour réaliser correctement ce que je lui demande.

Cela ne veut pas dire non plus qu’il faille trop en faire, il est important de laisser le cheval trouver la solution aussi. On le met dans de bonnes conditions en l’aidant, mais on ne fait pas à sa place.

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Travail en longue de Gariguette par Véronique

Se méfier de ses sensations

Apprendre à écouter ses sensations, c’est bien… Mais il faut aussi savoir s’en méfier! En effet, on peut facilement avoir des sensations fausses. Par exemple, on a la sensation d’être droit alors que l’on penche d’un côté en réalité, mais on ne le sent pas car on a l’habitude d’être ainsi. La première étape pour arriver à corriger est d’en prendre conscience. Ces sensations sont vraiment traîtres car elles nous maintiennent dans l’erreur, et on a donc souvent l’impression qu’un souci vient du cheval alors qu’il vient de nous.

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Entrée de la Bidauderie

Je n’ai pas un problème, j’ai une situation 😉

Le mental joue un rôle très important à cheval. Se dire que l’on rencontre un problème (cheval qui se penche, qui n’arrive pas à partir au galop sur le bon pied…) peut souvent donner lieu à des réactions en chaîne et de l’agacement. Se dire que ce “problème” est simplement une situation, qui est une chance car elle nous donne une piste de travail, permet de prendre les choses du bon côté et de voir ces expériences différemment!

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Sellerie de la Bidauderie

Apprendre à gérer son mental

Gérer son mental n’est pas chose simple et il n’y a bien sûr pas de recette universelle: on est tous différents! Le travail sur le mental est néanmoins essentiel: si l’on part vite dans un dialogue intérieur négatif, par exemple (je n’arrive pas à faire tel exercice, je ne comprends pas pourquoi je n’y arrive pas, je suis nulle, je n’y arriverai jamais… Vous voyez le genre? 😉 ), on va forcément se raidir, notre position se détériorer et… la situation empirer. Il est très utile d’apprendre à stopper ce type de cercle vicieux.

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Travail avec Jean-Pierre Tiffon le mari de Véronique, coach et préparateur mental

Déterminer ses canaux de perceptions (visuel, auditif, kinestésique…) par le VAKOG aide à comprendre comment l’on fonctionne, ce qui nous fait réagir positivement et négativement. Ceci va ensuite aider à progresser. Par exemple, si je suis visuel, je vais pouvoir m’en servir en installant dans la carrière des repères visuels (plots, barres, etc) qui vont m’aider à travailler. Je vais aussi pouvoir bloquer un dialogue intérieur négatif tout simplement en regardant loin à l’horizon quelques instants. Un bel outil qui aide progressivement aussi à prendre confiance!

Se donner des directions

Se donner des directions, c’est se donner des ordres conscients avant d’agir et ainsi éviter de subir. Il est nécessaire que la consigne que l’on se donne soit positive (“je vais faire ça” et non “je ne vais pas faire ça”) mais aussi qu’elle soit pensée clairement. Il est impressionnant de voir à quel point le fait de penser simplement à quelque chose peut avoir une incidence sur le cheval!

Est-ce que cet article vous a intéressé? N’hésitez pas à me laisser un commentaire! 

 

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